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Aya Masria
dimanche 1er janvier 2012
Voici maintenant deux jours que le mouvement des Juges Libres en Égypte occupe la place devant la Cour suprême au centre-ville du Caire pour exiger leur réhabilitation immédiate dans leurs fonctions et revendiquer leurs droits à exercer leur métier librement, sans subir aucune pression ou chantage venant du gouvernement.
Leur situation ne date pas d’aujourd’hui, l’affaire avait commencé en 2005 lors des élections présidentielles marquées par une corruption et une intrusion éhontée du régime. Moubarak avait convoqué un ancien juge à la retraite, Mamdouh Marei, pour superviser la commission électorale. S’étant comporté en parfait complice, entravant toutes les règles électorales et outrepassant la déontologie du métier, il s’est vu promu ministre de la Justice. Plus de 1500 juges se sont révoltés en 2006 contre la partialité de Mamdouh Marei et le danger qu’il représente pour tout juge s’appliquant à faire respecter le droit et la justice. A leurs yeux, il était évident qu’il aurait fait preuve de la même fidélité pour la succession de Gamal Moubarak, le fils, au pouvoir. Le gouvernement Moubarak a réprimé la contestation en poussant environ 550 juges à démissionner. Ceux qui résistaient à la pression étaient démis de leur fonction après avoir fait l’objet d’accusations mensongères. Ils se sont ainsi retrouvés sans emploi et sans aucune possibilité de travailler dans un quelconque autre secteur.
Après la révolution du 25 janvier 2011, ces juges ont eu espoir quant à leur avenir et à celui de la Justice en Égypte. Le ministre de la Justice intérimaire, Mohamed Abdel-Aziz Al Guindi, avait promis de régler cette affaire des juges déchus, mais jusqu’à présent aucun d’entre eux ne s’est vu reprendre ses fonctions.
Au-delà même de la défense de leur propre cause, il s’agit pour eux de se battre contre la corruption de la Justice en Égypte et pour son indépendance vis à vis du gouvernement et du régime militaire. Pour rappel, douze mille prisonniers politiques Égyptiens sont emprisonnés actuellement de manière arbitraire par des juges partiaux, suivant la volonté du Conseil Suprême des Forces Armées. Les familles des martyrs n’ont toujours pas obtenu gain de cause dans leur procès contre Moubarak, Tantawi, l’ancien ministre de l’intérieur Habib Al-Adli, et les soldats ou policiers coupables de meurtres.
Le système judiciaire en Égypte est un élément fondamental dans le processus du démocratisation du pays. Les révolutionnaires en sont conscients, voilà pourquoi l’occupation de la place devant la Cour Suprême par le mouvement des Juges Libres est soutenue par le reste de la population qui se rassemble et manifeste à leurs côtés.